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« La PMA sans père », ou le retour de la manif pour tous

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Jeudi 1er février 2018, se tenait à Brest, une conférence de Ludovine de la Rochère. Fille du « baron » Armand Mégret d’Étigny de Sérilly, et de Solange du Couëdic de Kergoaler (cela ne s’invente pas), elle est depuis 2013 la présidente de la manif pour tous, après avoir travaillé pendant plusieurs années comme chargée de communication au sein de la Fondation Jérôme-Lejeune. Fondation militant, entre autres contre l’ IVG et l’euthanasie. (1).
Quelques personnes opposant-e-s à la manif pour tous ont pu assister à cette conférence.
Voici donc un compte rendu, qui tentera de décrypter et d’analyser ce qui se jouait là.

Cette conférence, organisée par les Conférences du Ponant, avait lieu dans le contexte, (mais pas dans le cadre), des états généraux de la bioéthiques qui se tiennent actuellement en France (2) . La soirée avait pour objectif de remobiliser les militants de la manif pour tous, mèchus et autres vieux cathos réactionnaires contre la PMA qui elle même serait, selon eux, « la porte ouverte à la GPA » et à tout un tas de « détournements de la médecine », nous y reviendront.

Un rassemblement était organisé pour l’occasion devant l’espace Saint Luc, par l’association Divers Genres notamment, et divers autres collectifs et associations LGBTQ et féministes brestoises, afin de se mobiliser face au retour de la manif pour tous et de leurs idées nauséabondes.

La conférence démarre à 20h30, la salle est pleine. 200 personnes d’après les organisateur-ice-s, et ils/elles en sont très fièr-e-s.

Ludovine de la Rochère est introduite par une référence au pape et à nous ne savons plus quel sainte, nous sommes tout de même dans une église.
Le public est très varié, des vieux couples catholiques, des familles catholiques, leurs enfants, leurs adolescent-e-s, arborant pour certain-e-s leurs fameux sweat-shirts de la manif pour tous, les têtes blondes bien peignées, les mocassins bien vernis. Très varié on vous dit. Rien de surprenant en tout cas.

Le sujet premier et principal abordé sera « La PMA en l’absence d’un père », ignominie inconcevable pour qui vénère le seigneur, père des pères de l’espèce humaine.

Ludovine de la Rochère introduit, en tentant d’expliquer rapidement qu’on ne peut pas ne pas prendre en compte la différence homme/femme, puisque celle ci est d’après elle « heeu.... est bien visible dans le corps et le comportement ». Profond. Enfin c’est évident, on le voit, ça existe. Ça n’ira pas plus loin là dessus.

Elle nous dit par la suite, dans un soucis d’écologie, que la planète a été confiée à l’Homme, et donc que l’écologie est liée à l’Homme. Que l’Homme doit donc se reproduire au maximum pour sauvegarder la planète.
Contrairement à ce que pensent leurs opposant.e.s qui diraient qu’il faut réduire la croissance démographique pour sauver cette planète, et qui donc seraient favorable - sous entendu - à l’avortement, au contrôle des naissances, à la contraception tant qu’on y est !
Ça tombe bien dans la salle, on a l’air de s’être reproduit à grande échelle.

Bref, revenons à cette PMA, ou procréation médicalement assistée.
L’enjeu, en partie, des états généraux de la bioéthique, est de se positionner sur l’adoption de la loi ouvrant la PMA aux couples homosexuels.
Le PowerPoint de De la Rochère nous rappelle que pour procéder à une PMA, il y a deux méthodes :
L’insémination artificielle, qui utilise les spermatozoïdes de l’homme, inséminés artificiellement, et la fécondation in vitro (3), avec éventuellement un donneur anonyme.
Il sera surtout question ici de l’insémination artificielle d’une femme, qui apparemment pose problème car il y a absence de l’homme. Et l’immaculée conception, si personne ne l’a fécondée, n’y avait-il pas absence d’homme, là aussi ?

Ludovine nous dit que la PMA existe déjà, et qu’elle est déjà possible pour les couples infertiles ou porteurs de maladies génétiques. Elle précise que les médecins ne demandent pas l’orientation sexuelle de la personne qui souhaite faire une PMA, et que dans la loi rien ne dit que cela est réservé aux hétéros. Donc que la PMA est déjà ouverte aux couples homos. OK... Mais ce n’est pas le sujet, puisqu’il s’agit ici de PMA uniquement réservée aux couples infertiles ou porteurs de maladie génétique, et uniquement justifié par diagnostique médical. Par exemple, un couple se présentant comme homo, et ne pouvant donc procréer par « voies naturelles » ne peut pas en bénéficier si l’un-e de ses membres n’est pas médicalement déterminé-e comme infertile, ou porteur-euse d’une maladie génétique.
Donc non, la PMA n’est pas ouverte aux couples homosexuels qui ont simplement un désir d’enfant.
Première intox, d’une longue série.

Ensuite, elle nous parle de « l’Egalité » avec un grand « E », qu’on leur rabâche apparemment à tout bout de champs, et avec laquelle ils/elles n’ont pas l’air d’être en phase. Pour elle, la PMA « crée une inégalité car certains enfants seront privés de père ».
Et c’est bien connu, ce qui fait l’égalité d’un enfant vis à vis de ses camarades, c’est qu’il ait un parent de sexe et de genre masculin et un parent de sexe et de genre féminin. C’est incontestable. Quid donc des parents divorcés, des parents pauvres, des parents riches, des enfants avec des ou un parent toxique etc etc etc... Non l’égalité c’est un papa, une maman ou vous dit ! Puisque c’est la norme, et que de toute façon dieu il veut que ce soit comme ça.
Elle nous dit que c’est d’autant plus inégalitaire, car les femmes se verront autoriser un droit à l’enfant, et pas les hommes.
Certes, d’où la question de la GPA, la Gestation Pour Autrui (du moins il nous semble).

On enchaîne ensuite avec la FILIATION BIOLOGIQUE.
Ce terme « doit être leur leitmotiv », leur cheval de bataille.
Et d’ailleurs, nous citons Mme de la Rochère, la filiation biologique, « c’est tellement évident, que c’est pas facile d’en parler ! » Ah ben oui...

Donc d’après ses dires, la filiation biologique, c’est le lien biologique qui unit les parents à leur enfant. C’est différent de la filiation sociale, qui elle est dans la construction sociale et éducative de l’enfant. La filiation sociale est, toujours selon ses dires, l’unique Leitmotiv de leurs opposant.e.s, qui ne considèrent que celle-ci (bouuuh !).

Ici « on est avant tout parents parce qu’on donne la vie à un enfant, on est lié à ses parents parce qu’ils nous ont engendré ». Argument en béton, qui est posé comme une vérité absolue.
Pour leurs opposant.e.s, « idéologues du genre, le corps n’a pas d’importance, et donc la filiation biologique non plus ».
Mais qu’est ce qui nous dit que le respect de la filiation biologique et nécessaire au bon développement et au bien être de l’enfant ? Rien, nada, néant.
Elle continue, « les enfants portent des choses qui sont psychologiques, de générations en générations », là non plus c’est pas très clair. On ne comprend pas bien ce que sont ces choses psychologiques héréditaires dont il ne faudrait surtout pas se détacher...
L’exemple que prendra la présidente de la manif pour tous pour illustrer son propos, est – accrochez vous bien- le film La vie est un long fleuve tranquille. En effet, d’après elle, « on voit bien dans ce film où des enfants on été échangés à leur naissance, que la filiation biologique joue un rôle important ». Donc un film est ici posé en une vérité absolue, encore une fois, puisque si c’est dans un film c’est bien que c’est vrai ! Et d’ailleurs, si nos souvenirs sont bons, dans ce film il s’agit plus de parler de filiation sociale - certes bourrée de clichés - que de quelconque filiation biologique. Nous, on voit pas le rapport entre le film et ce qu’elle raconte, mais bon, chacun-e voit midi à sa porte.
Alors bien sûre, « la filiation n’est pas uniquement biologique » nous rappelle-t-elle, mais « la filiation biologique n’a rien de méprisable ! ». Faudrait-il encore que l’on nous démontre ce que cela représente vraiment, et sa nécessité dans le bien être d’un enfant. Mais ce n’est à priori pas à l’ordre du jour.
Finalement, la filiation c’est l’ensemble des dimensions qui font un HUMAIN. Donc si on ne respecte pas la filiation biologique, l’enfant ne sera pas un humain. Vous suivez ?

Vient ensuite la question du rôle des gamètes qui, selon elle, « sont le support de tout l’Etre, invisible mais jouant un rôle immense ».
Elles rendent (toujours selon elle) « le lien entre les parents et les enfants irrévocable ». Preuve en est, nous la citons, « les vieux sur leur lit de mort attendent souvent un dernier pardon de leur enfant ». C’est toujours comme ça, dans toutes les familles du monde entier ! Et ça veut bien dire ce que ça veut dire, en l’occurrence, rien !
Alors que dans le « délire logique » de leurs opposant.e.s, dans leurs esprits il n’y a que la filiation sociale qui compte.
Elle détient la preuve, encore une fois, que quand il n’y a qu’un choix de la part des parents, et pas de filiation biologique, le lien est très fragile, car aux USA, « où ce n’est pas comme chez nous » les adoptions sont révocables, et les parents adoptifs ont le droit de changer d’avis après avoir adopté un enfant. Oui et bien évidement, aucun parent biologique du monde n’abandonne ou ne tue son enfant, c’est bien connu. Enfin dans leur petit monde, cela ne doit pas exister, évidemment, on n’en doute vraiment pas.
Nous avons donc là encore un argument solide.

Le mot parentalité, utilisé par leurs opposant-e-s n’est, d’après Ludovine, pas un mot qui doit leur convenir, car ce mot ne tient pas compte du sexe des parents, et conduit à l’homoparentalité (MON DIEU QUELLE HERESIE !). Elles et eux « n’ont que deux autres mots : Maternité et Paternité », qu’ils et elles nous brandiront probablement comme slogan sur leurs pancartes roses pipi et bleus caca quand leur heure de gloire sera venue. Si elle vient.
Et donc, si nous l’écoutons, avec la PMA, « on efface toute filiation paternelle de l’enfant » et « le pire c’est que l’enfant sera éduqué par deux mères ! Comme si il avait besoin de deux mères ! » Rires approbatifs dans la salle. Grand malaise pour nous. Le pire, c’est surtout cette phrase. Nous sommes donc bien là dans de la pure homophobie, et dans la misogynie de surcroît.
Elle poursuit : « la PMA déconnecte la filiation du réel, on va dire qu’il a deux mères, ou une seule mère, ou deux pères et deux mères (réaction choquée du public « ooooh »), on mélange et on fait disparaître la filiation, et si on fait disparaître cette filiation, la différence d’un père et d’une mère pour le besoin d’un enfant, on fait disparaître la famille ». Ton dramatique. Cela ne nous donne toujours pas le rôle de la filiation biologique dans la construction d’un enfant, son épanouissement et son bien être. Si ce n’est peut être qu’il ne sera pas, d’après elle, un humain, mais bon permettez nous d’en douter.

Leurs opposant.e.s disent que «  la PMA pour les lesbiennes, ça n’enlève rien à personne » mais pour la manif pour tous si, « cela enlève un père à un enfant ». Mais le père est-il toujours nécessairement bon ? Pour elles et eux peu importe puisque ce qui compte c’est simplement le lien biologique qui unit le père, de sexe et de genre mâle, à l’enfant. Peu importe si il est potentiellement nocif, il doit être là, et montrer qu’il est un homme, un vrai.
Ludovine affirme que naître de père inconnu est « une expérience humaine qui existe depuis les débuts de l’humanité, (ndlr : depuis que Dieu il créa l’homme et la femme à son image quoi) et que c’est une expérience difficile ». Parfois, « cela arrive parce que des femmes ont des relations avec plusieurs hommes et ne savent pas qui est le père ! » s’exclame-t-elle... Sans commentaires.
Elle poursuit dans le pathos «  nous connaissons tous des personnes adoptées, ou qui ne connaissent pas leur père ou leur mère, des orphelins en somme, et pour qui c’est difficile à vivre ». Cela introduit la question de la levée de l’anonymat pour le don de gamètes (4) qui serait, selon elle, un élément de négociation du gouvernement à propos du fait que la PMA empêcherait de connaître son père.
Elle dit ici que «  si on en parle, de cette question, c’est qu’il y a une souffrance », c’est indéniable.
Encore un argument sans argument. Une pseudo vérité sans aucun fondement. Mais on n’en attend pas moins de la part de personnes qui croient aux serpents qui parlent (5) et en l’existence d’un type que personne n’a jamais vu.
Elle cite pour s’appuyer, une enquête du Figaro (surprenant) intitulé « naître de père un inconnu » où des personnes témoignent de leurs souffrances. On ne doute pas que des personnes puissent souffrir de ne pas connaître leur père, on doute simplement du fait que ce ne soit pas la société dans laquelle nous grandissons, bâtie justement sur leur modèle familial chrétien, où le couple hétérosexuel est la norme, qui puisse faire naître ces souffrances.
Elle pose ensuite la question suivante : « la différence entre les hommes et les femmes est-elle dans les rôles ou dans l’Etre intérieur ? Est-ce la différence des rôles qui fait le genre ? » Elle ne croit pas, elle pense que c’est « bien plus profond ». Merci pour cette analyse.
Le père est donc, pour elle et ses sbires - on l’aura compris - « fondamentale dans l’équilibre de l’enfant, qui n’a pas le même lien avec son père qu’avec sa mère ».« Les deux sont donc indispensables ». Et qui nous dit que l’enfant aura le même lien avec sa mère 1 et sa mère 2 par exemple ? Et qui nous dit qu’on en a quelque chose à faire que l’enfant ait un lien différent avec l’un où l’autre de ses parents ? Personne.
Mais, « comment décrire le rôle du père sans tomber dans la caricature ? » poursuit-elle. On sent là qu’elle se prémunit de potentielles critiques de ses opposant.e.s quant à ce sujet. Critiques qui sont d’ailleurs inévitables.
Elle tente donc une description : «  qui n’a jamais vu une mère changer la couche de son petit en lui parlant, et qui n’a pas vu son père changer la couche de l’enfant l’air dégouté, lui parlant seulement lorsqu’il à fini ? » où encore, la main sur le cœur, «  qui n’a jamais vu jouer une mère avec son enfant, et l’encourager à gagner, tandis que le père, lui il joue pour de vrai, il veut gagner, la mère encourage donc l’enfant, quand le père lui donne du challenge ». On se croirait dans le spectacle tiré du livre (navet) de John Gray Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, où pour le coup, nous sommes dans de purs clichés de genre, favorisants de fait les inégalités et la domination des hommes sur les femmes dans une exclusivité hétérosexuelle et binaire.
Donc voilà, « l’homme apporte ses gamètes à l’intérieur de la femme, ce qui induit une différence entre l’Etre homme et l’Etre femme ». Il y a ensuite une « fusion intime » entre l’enfant et la mère «  puisqu’il grandit dans son ventre », une « fusion incroyable ! L’enfant reconnaît d’ailleurs le voix de sa mère à la naissance, et la mère répond aux besoins de son enfant. Quelle mère n’a pas ce réflexe ? À la naissance, l’enfant pense qu’il est sa mère (hmm.....), le père arrive dans cette relation de fusion à la naissance (…) et vient se placer en personne tiers dans cette relation, il ouvre l’enfant à la société et à l’extérieur ». Belle analyse pseudo psychologique, encore une fois affirmée comme une vérité. Et quand bien même ce serait vrai, qui dit qu’un autre homme ne peut faire ça ? Là encore, personne.
Bref, on vous passe, parce qu’on s’en fou un peu, la phase sur le complexe d’œdipe si l’enfant avait deux maman, à laquelle les pédopsychiatres n’ont pas de réponses d’après son enquête personnelle.

Nous voilà maintenant sur le terrain de l’étude sociologique à propos des enfants élevés par des couples homos.
Puisque les résultats de ces études ne lui conviennent pas, elle nous explique que d’après on ne sais plus qui, désolé, ces études sont bidons, et ne correspondent pas aux critères d’études habituels.
L’étude «  a eu du mal à trouver des parents homos, et du coup ceux qu’ils ont trouvé étaient des partisans, car militants dans des associations, donc ils ont orienté leurs réponses ». Un complot homosexuel probablement. Mais de toute façon «  on n’a pas besoin d’études pour dire qu’un enfant a besoin d’un père, l’expérience humaine le montre ».
Tout comme l’expérience humaine montre l’existence de ce fameux serpent qui parle. Ça dépote.

Retour à la question écologique, on ne sait pas pourquoi, mais Ludovine nous parle de la COP21, et ne comprend pas pourquoi «  on nous parle de la COP 21 mais on envisage la PMA sans père ? Après les légumes OGM, les enfants à un seul parent ! » Pas compris le rapport entre la COP 21 et l’absence de père, désolé Ludo, tu aurais pu développer un peu.
Le lien est sûrement dans l’usage de la technologie, puisqu’elle nous parle également du nucléaire, « qui permet l’électricité, mais aussi la bombe atomique. » Donc on pourrait en déduire, en toute bonne foi, qu’un enfant sans père est comparé à... une bombe atomique. Tout vas bien.

C’est maintenant la GPA qui est mise sur le tapis.
La GPA est perçue comme un potentiel business capitaliste, on est probablement d’accord là dessus, et pour elle « la GPA gratuite, c’est un rêve » Bien, si c’est toi qui le dit... Et «  GPA et éthique sont deux mots qui ne vont de toute façon pas ensemble » Point.
«  Choisir son sperme sur internet, est aujourd’hui possible, ce que veulent les femmes c’est que ce soit officiellement reconnu parce qu’elles culpabilisent », «  il y a très peu de donneurs de sperme car avoir un enfant dans la nature ce n’est pas anodin ! ». Oui, mais rien ne nous dit que c’est la raison pour laquelle il y a peu de donneurs de sperme, ça mériterait d’être un peu étoffé. Et si seulement c’était la raison, cela ne doit pas empêcher des hommes de le faire si ils en ont l’envie, ni a des femmes de pouvoir en trouver si elles en ont l’envie.
Mme de la Rochère pense que le véritable marché de la «  PMA sans père », ce sont les femmes seules, qui arrivent en fin de possibilités de procréation, que ce sont elles, les pauvres vieilles qui, incapables de trouver un mari, sont derrière tout ça. Ici on nie donc totalement la demande réelle des couples homosexuels. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’on nie leur existence, tout en culpabilisant les femmes seules.

Elle revient à la levée de l’anonymat du don de gamète. C’est selon elle un « moyen de faire passer la pilule, qui ne rendra pas son père à l’enfant  ». Cela engendrera, toujours selon ses dires, « encore moins de dons de sperme, et donc le sperme deviendra payant ». Elle affirme l’air choqué, que « la question est sur la table aujourd’hui ! » On vous le dit messieurs-dames ! Il est urgent d’agir avant de voir du sperme dans les rayons de nos supermarchés !

Elle poursuit en disant que les pays qui ont levé l’anonymat du don de gamètes, comme le Canada, disent qu’ils ont du sperme gratuit, mais que c’est faux ! Qu’ils achètent leur sperme dans d’autres pays ! Nous sommes navré-e-s, nous n’avons trouvé aucune information à ce sujet, libre à vous d’en chercher.
Tout cela nous mène donc à « des cliniques lucratives, dans une démarches mondialiste libérale ». Comme si les cliniques lucratives libérales n’existaient pas déjà.
La levée de l’anonymat du don de gamètes entraînerait par ailleurs «  une sélection dans le choix du donneur, et donc du racisme »
Oui, on vous le concède, c’est une belle manipulation que de prendre la caution antiraciste afin de se prémunir de potentielles critiques de vos opposant.e.s. De la part d’une personne dont la famille travaille pour le rassemblement bleu marine (6) et compères c’est tout à fait convaincant. Surtout si on suit votre logique de la « filiation biologique » madame.
« Le biologiste, ou le praticien peut être amené à choisir le donneur, ce qui lui incombe une responsabilité par la suite, par exemple si l’enfant à un handicap, qui est responsable ? » C’est une vraie question, mais à laquelle il y a probablement tout un choix de réponses. Ce n’est pas parce qu’il y a une question qu’il n’y a pas d’issues. Qu’en est-il des couples hétéros dont l’enfant naît avec un handicap ? L’homme accuse-t-il la femme ? ou la femme accuse-t-elle l’homme d’en être le responsable ? Ici, elle part du principe que de toute façon l’humain est procédurier, qu’il faut un coupable, que personne n’acceptera que son enfant ait un handicap etc. On ne doute pas que cela puisse exister bien sûr, mais pour quelqu’un qui croit apparemment tant en l’espèce humaine, c’est une belle confiance qu’elle lui accorde là.
« La PMA sans père est eugéniste, car qui va choisir un embryon qui a la trisomie 21 par exemple ? On choisira des critères pour son enfant ! » Là encore, une vraie question, mais rien ne nous dit que ce choix sera possible, que l’embryon, le sperme, ou l’ovule sera nécessairement analysé afin de connaître « les critères » du futur enfant. Mais avouons-le, cela nous dépasse un peu. Et qu’en est-il des couples infertiles qui ont déjà recours à la PMA, et pour qui le don d’embryon, d’ovule ou de sperme est déjà pratiqué ? L’histoire ne le dit pas, une fois de plus.

Ludovine nous parle ensuite du détournement de la médecine, elle affirme que la médecine ne traite pas là l’infertilité, mais qu’elle la contourne. Mais enfin il nous semble que l’infertilité n’est pas le sujet, puisque des personnes infertiles peuvent déjà avoir recours à la PMA, elle l’a elle même dit au début de son intervention. Il semblerait qu’elle ait la mémoire courte.
Bref bref, cela nous mènera d’après sa pensée, à « repousser l’âge pour avoir des enfants, à pouvoir faire des enfants très vieux », et même «  à la PMA post Mortem ! » Puisqu’on aura congelé le sperme de son mari, qu’il sera mort, et qu’après sa mort on voudra un enfant de lui ! Aujourd’hui c’est interdit en France. «  Mais forcément si on détourne la médecine, oui ça nous mènera à ça » c’est certain ! Et même à l’apocalypse d’ailleurs. Mais tant mieux si ça peut nous éviter d’entendre toutes ces conneries.
Blabla, « vente d’embryons sur étagères », blabla «  trafic d’embryons », blabla les dealers de vies humaines, blabla bourrage de crâne, on à un peu décroché à ce moment là, ça commençait être dur.

Pour en revenir à sa source, donc «  le mariage homo, c’était la porte ouverte à l’adoption, qui elle même est la porte ouverte à la PMA sans père, qui elle même est la porte ouverte à la GPA ». Bon si ils sont encore là aujourd’hui depuis leur lutte contre le mariage pour toutes et tous, c’est bien qu’ils ont perdu, contrairement à ce qu’ils et elles peuvent affirmer dans leur tract récolté sur place. Si on suit leur logique, et que le débat est sur la table aujourd’hui, ça nous fait simplement nous dire ça.
Mais « la bonne nouvelle », pour elles/eux, c’est que «  ce n’est pas perdu ! Il n’est pas envisageable de baisser les bras, car Dieu ne nous a pas mis sur terre pour regarder les trains passer, nous avons un rôle à jouer ! » Ah la mission divine...
S’ensuivra toute une succession de titres de presse parlant à priori (mais on est même pas sûr.e.s) de la PMA, avec des mots forts dans les titres, entourés de rouge comme « division, questionnements, craintes, consternations, mise en garde, mal à l’aise etc etc... » qui ne veulent rien dire pris comme cela, soit dit en passant, mais qui permettent à Ludovine de la Rochère d’affirmer que la manif pour tous effraie le gouvernement, avec son élan rebelle de vieux/vieilles réactionnaires catholiques de droite, et que même les RGs l’ont appelée. Aïe aïe aïe.
Voici donc le retour des rebelles de l’église, celles et ceux qu’on entend jamais, celles et ceux qui sont brimé.e.s, à qui on ne laisse jamais la parole, les opprimé.e.s, depuis la nuit des temps. Elle le dit elle même au début de sa conférence, qu’il faut que leur parole soit entendue, car on ne les laisse jamais s’exprimer. Non bien sûr. Toute la morale de notre société occidentale n’est pas basée sur vos conneries. Il n’y a pas d’églises et de calvaires à tous les coins de rues et de campagnes, le pape ? c’est qui ?

Mais «  Macron ne veut pas que la société se divise », et le doute dont parle la presse, montre une absence de consensus, et l’absence de consensus les mèneront à la victoire (selon elle toujours).
Elle cite ensuite Bernanos (Pas Antonin, son grand père...surprenant là aussi, étant donné l’orientation d’extrême droite de celui-ci) «  L’avenir on ne le subit pas, on le fait ». Puissant.
Elle revient sur les promesses de Macron qui n’en étaient pas concernant la PMA, mais à vrai dire ça nous intéresse peu.
La PMA passera donc selon elle «  sous deux conditions » :
En un, l’avis favorable de Comité Constitutionnel National d’Ethique, dont soit disant « un tiers des membres ont déjà publiquement rendu un avis défavorable », et qui « n’est pas un organisme indépendant ». Cela dit le CCNE a déjà rendu son avis en juin 2017 (7), et il est favorable à la PMA pour toutes, mais elle laisse croire à ses militant-e-s que ce n’est pas encore joué.
En deux, le large consensus.
Donc le consensus n’étant pas, selon elle, les conditions ne sont pas remplies. « Même les journalistes sont divisés, mais ils n’osent pas le dire » Elle doit sûrement lire entre les lignes, ou dans leurs pensées intimes, ou alors c’est le serpent qui parle qui lui a dit.
Les sondages divergent sur l’avis des français, un premier sondage de l’IFOP (Institut Français d’Opinion Publique) pour le journal chrétien La croix concernant la PMA annonçait 60% d’avis favorables (8), mais lors d’un second sondage, commandé par la Manif pour tous à Opinion Way, avec la question tournée de cette manière : «  L’Etat doit-il garantir aux enfants conçus grâce à l’assistance médicale à la procréation le droit d’avoir un père et une mère ? », les réponses ont changé, faisant baisser de 8 points, selon elle, les avis favorables. On ne sait pas où elle à vu cette baisse de 8 points d’avis favorables, étant donné que la question n’est pas du tout la même. Quand bien même cela baisserai de 8 point, cela nous donnerai toujours 52% d’avis favorables. Mais bref, un sondage reste un sondage.

Pour conclure, elle appelle « à la mobilisation, à la présence de la Manif pour tous dans toutes les conférences sur la bioéthique, à préparer, à réfléchir, à écrire, et à user du pathos pour témoigner ». Elle appelle donc concrètement les personnes concernées par l’adoption où l’absence d’un père à venir se mettre en avant afin de manipuler l’opinion par le pathos, en faisant croire aux militants de la Manif pour tous présents que ce sont les techniques habituelles de leurs opposant.e.s.
Nous, nous aurions plutôt dit leurs techniques habituelles. Rien de nouveau. Toujours aussi ignoble.

La conférence se termine sur une citation de Johnny Halliday : «  Ne pas avoir de père ma manqué toute ma vie » Waaah...Utiliser une icône populaire décédée depuis peu, quoi de plus efficace pour faire pleurer dans les chaumières. On vous rassure, on a pas versé notre larme.
S’ensuivra un documentaire réalisé par les bons soins de la Manif pour tous sur le trafic et la condition des mères porteuses en Asie (toujours dans la manipulation par le pathos) que nous ne détaillerons pas car ce n’est que bourrage de crâne.

Tout ce blabla n’est donc que pure intox sans fond, se targuant d’utiliser un langage pseudo scientifique pour paraître crédible, mais qui au final ne sont que des techniques de communication bien rodées.
On s’est cru à un meeting du front national, en somme.
Mais ce n’est rien de nouveau.

Cela étant dit, si creux et stupide soit le discours, restons vigilant.e.s.
Ne les laissons pas gagner du terrain, ne les laissons pas monopoliser et manipuler l’espace médiatique, leurs arguments ne sont que du vent.
Dès qu’ils se réuniront, nous agirons !
Jésus avait trois papas, deux mamans, une autre mère qui des fois était son père, un père qui était devenu une autre mère. Etc.

1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_J%C3%A9r%C3%B4me-Lejeune
2. https://etatsgenerauxdelabioethique.fr/
3. https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9condation_in_vitro
4. https://www.agence-biomedecine.fr/Don-de-gametes,53
5. Voir la Genèse, chapitre 3
6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludovine_de_La_Roch%C3%A8re
7. http://www.liberation.fr/france/2017/06/27/le-comite-d-ethique-dit-oui-a-la-pma-pour-toutes_1579816
8. Réalisé par l’Ifop pour my-pharma.com auprès d’un échantillon de 1 009 personnes représentatif de la population française par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 21 septembre.
9. Réalisé par Opinion Way pour La Manif pour Tous auprès d’un échantillon de 1 071 personnes représentatif de la population française par questionnaire auto-administré en ligne du 13 au 15 septembre.

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